Dans une île aux antécédents cannibales, deux corps sont retrouvés. Leurs meilleurs morceaux ont été découpés et cuisinés avec une application certaine.
À la stupéfaction succède bientôt le grand tamtam médiatique. Tout cynisme bu, voici que certains en viennent à espérer voir déferler des foules de touristes, mues par l appétit du sang et le théâtre de la sauvagerie. Un coup de fouet inespéré à l économie locale… Le crime n’est-il pas un spectacle de choix ?
Mais voilà que les meurtres et les sacrifices traditionnels, d’une haute tenue gastronomique, commencent à se multiplier… Les enquêteurs auront bien du mal à s’orienter dans la jungle du crime insulaire, fertile en non-dits et en faux-semblants.
Geeks, rastas, collégiens, universitaires, pêcheurs, professionnels du tourisme, hommes d affaires surfant sur la vague du revival identitaire : les âmes damnées de la micro-société insulaire, prêtes à tout « avaler » pour exister aux yeux du monde, se bousculent en une sarabande ironique et macabre…
Dans le Nord il fait froid, alors quand j’ai vu les palmiers et ce somptueux coucher de soleil, ni une ni deux j’ai pris mon billet pour l’exotisme !
C’est vrai qu’il fait beau et chaud, que ça sent bon le sable chaud, que le poisson est abondant et le décor splendide. En plus l’ autochtone n’est pas agressif, juste un peu comique à vouloir absolument se fondre dans son propre paysage.
Propre, faut quand même le dire très vite et sans respirer parce que cuisiner chez ces gens-là, ça tâche et ça laisse des traces.
Quand, billet en poche et valise à la main, tongs aux pieds et lunettes de soleil sur le nez, j’ai pris Anouk Langaney’s Airlines, je pensais vraiment aller me dorer la pilule au soleil !
Oh oui, j’ai pris des couleurs… plein. Le noir de la viande trop cuite, le rouge de la honte, le vert des hauts-le-cœur (pas à cause des routes de montagne…), le blanc de la peur, le bleu de la frousse…
Questions activités touristiques j’aurais dû emmener les enfants (j’en ai trois !).
L’un aurait servi d’amuse-gueule, l’autre aurait pris des cours de capitalisme civilisé et le troisième… ben il aurait tant fumé qu’il serait devenu plus Marley que Bob.
Il y en a pour tous les goûts : chasse et pêche, gastronomie et randonnée, danses et chants folkloriques, atelier macramé et déguisement.
Pour la culture c’est pareil : j’ai eu droit aux cours d’anthropologie, d’anthropophagie et d’anthropomorphisme. J’ai vu des fresques dans des grottes à côté desquelles celles de Lascaut passaient pour des trucs bas de gamme.
Et puis il y a le sauvage (le bon, celui de JJ Rousseau), le cannibale ( celui de Montaigne), mais heureusement il y a les forces colonialistes de la métropole qui sont là pour rassurer. Avec un collège à l’orthographe racaille, le PMU habituel, les flics expatriés, les délinquants déliquescents et le capitalisme vénal j’ai un peu eu l’impression d’être à la maison.
Finalement j’ai dû reprendre l’avion et rentrer.
J’ai même pas eu le temps de poster une carte postale ; pourtant je l’avais fabriquée moi-même sur un morceau de peau humaine et l’avais rédigée à l’encre de sang.
Ça disait:
Ici il fait beau et je m’amuse beaucoup.
Tout porte à rire et à sourire et les gens du cru sont très aimables.
L’eau est à bonne température et la nourriture un peu « différente » mais on s’y fait très vite.
Quand je rentrerai, en seul morceau, je vous montrerai les photos.
Je vous croque tous avec délicatesse et vous aime….
Papa