Le terme pukhtu renvoie aux valeurs fondamentales du peuple pachtoune, l’honneur personnel – ghairat – et celui des siens, de sa tribu – izzat. Dire d’un homme qu’il n’a pas de pukhtu est une injure mortelle. Pukhtu est l’histoire d’un père qui, comme tous les pères, craint de se voir privé de ses enfants par la folie de son époque. Non, plutôt d’une jeune femme que le remords et la culpabilité abîment. Ou peut-être d’un fils, éloigné de sa famille par la force du destin. À moins qu’il ne s’agisse de celle d’un homme cherchant à redonner un sens à sa vie. Elle se passe en Asie centrale, en Afrique, en Amérique du Nord, en Europe et raconte des guerres ouvertes et sanglantes, des conflits plus secrets, contre la terreur, le trafic de drogue, et des combats intimes, avec soi-même, pour rester debout et survivre. C’est une histoire de maintenant, à l’ombre du monde et pourtant terriblement dans le monde. Elle met en scène des citoyens clandestins.
Primo qu’il a appelé son Pukhtu! C’est finement pervers parce que au final on attend les 658 prochaines pages!
Alors que ma femme s’endormait je n’ai pas pu m’arrêter, il fallait que je le finisse : bien m’en prit!
Pukhtu c’est dur ! Pukhtu c’est noir ! Pukhtu c’est beau !
D’abord c’est comme une glace mangée en janvier 2008 : ça fait mal. Sa scène d’ouverture est violente et écrite comme un scénario : claire nette précise et efficace.
Ensuite le printemps arrivant, quand les fleurs éclosent, que les arbres verdissent, la glace qu’on a oubliée, tenue négligemment d’une main moite commence à fondre. Comme un sang épais elle coule entre nos doigts, vient les engluer et ne peut s’arrêter. Effet logique et physique. Ici pareil. Les personnages ont été plantés et la trame commence à voir le jour, perçant le sol caillouteux de l’Afghanistan. Le sang a coulé, rivière de chagrin devenant fleuve de vengeance.
Et arrive l’été. Et il fait chaud sur le tarmac ou dans les prefa des zones militaires. On sue sur les chevaux, on suinte une sueur apeurée quand les drones surgissent. Que le souffle de leurs bombes nous atteint, pourtant c’est un souffle! Mais il charrie tant de chairs et de secrets, dans de terre et de pavot, tant de fausses promesses et de serments arrangés ! Et la glace? On la lèche on la suce… mais on la mange pas! On a juste déblayé et nettoyé un peu tout ce qui gênait. On l’a rendue présentable et propre!
Et puis l’automne. Quand chacun cherche à tirer la couverture à lui, que tous cherchent à se couvrir, à se protéger. Que les premiers frimas d’un rude hiver se présente à l’entrée d’un col.
Et c’est là qu’on finit son cornet : il ne nous reste que ça !
Pukhtu c’est une oeuvre romanesque, c’est un souffle épique qui renouvelle le genre.
Les premières pages m’ont fait penser à Tom Clancy et Danger Immédiat. Juste un instant. Parce que, au final, Pukhtu est plus proche d’une Île au Trésor.
Quand on ouvre le coffre il y a tout : suspense, amour, deuil, enquête, politique, aventures, géopolitique et économie, sexe, drogue et rock’n’roll!
C’est une épopée visuelle que nous offre DOA. Trop courte parce qu’on ne peut se défendre de s’attacher à ses personnages. Ces personnages si proches malgré les km, si humain dans leur obéissance et leurs contraintes. Ces personnages qui sont disséminés au rythme des saisons et des paragraphes pour nous faire participer à ces douze mois de leur vie.
Tout le livre pourrait être un gigantesque puzzle dont les pièces seraient des moments de vie, accolés les uns aux autres pour donner un journal intime.
Visuelle parce que j’ai mal aux pieds d’avoir trop marché avec des rangers, aux oreilles à cause des explosions, au ventre parce que j’ai le mal de l’air, au cœur tellement j’ai peur et à la gorge quand ma vie s’éteint.
On voit et on sent, on vibre et on sursaute, on s’essouffle et on souffre. Rien n’est lourd dans ce monde inconnu pour nous pourtant dépeint avec un folklore réaliste qui ne tombe pas dans la caricature. Pourtant des clichés il y en a ! Les personnages ! Et le fait que chacun puisse représenter un aspect de l’être humain nous permet de nous identifier à leurs mœurs, leurs émotions, leurs raisonnements et ce sans exagération.
Avec délicatesse, des coups de pinceaux adroits qui dévoilent la toile finale progressivement.
La toile finale : l’intrigue ou les hommes ? L’histoire ou les histoires ?
Merci beaucoup Eric de m’avoir ramené ce livre.