Bon, quand Yannick m’a demandé une chronique je me suis trouvé bien embêté. Il y a plein de bouquins dont j’aimerais parler ! Alors j’ai fait style réfléchissons deux secondes et je me suis décidé. J’allais m’attaquer à un monstre : JRR Tolkien.
Donc je vais vous parler de la série de David Eddings : les 5 Chants de la Belgariade/Les 5 Chants de la Mallorée/ Les 2 volumes de Polgara la Sorcière et les 2 volumes de Belgarath le Sorcier.
Total : 14 livres.
Mais il avait dit Tolkien le monsieur… Oui justement ; je l’attaque !
Eddings n’a rien fait de neuf : un monde imaginaire avec sorciers et créatures maléfiques ; un groupe de compagnons et une quête pour sauver ce monde. On a déjà tous lu ce genre de choses 10 milles fois.
Mais pas comme ça.
Ok Tolkien a créé un monde tellement bien ficelé que l’on en a fait un Jeu de Rôle exceptionnel et très travaillé, des films uniques que chacun de ses lecteurs attendaient depuis des années. Mais au final, il a surtout survolé un monde en se fixant les limites imparties par sa Quête de l’anneau et développé une mythologie biblique des Terres du Milieu. Il a créé leur Genèse et leur apothéose. Il a créé des batailles titanesques ; il a fait s’affronter deux races : celle des gentils et des méchants ; le blanc contre le noir. Et puis tout autour il sut placer ses petites histoires sur tel ou tel héros. Sur telle ou telle partie de cette mythologie.
David Eddings a créé un univers, une géographie, une géopolitique, des sociétés, des races, des histoires et des légendes.
Là où le premier nous fait traverser à l’arrache une infime partie de son monde ; le second développe, et affermit son récit dans une réalité concrète. La quête de l’Orbe par Garion et ses compagnons n’est rien d’autre qu’un grand voyage.
Chaque pays de chaque continent est visité. Alors oui, il y a le tourisme qui permet de découvrir des climats, faunes et flores différentes mais aussi et surtout des peuples sur lesquels on s’attarde. Chaque peuple a une histoire bien à lui, des règles sociales, des mœurs et une politique bien variée. Et bien sans nous lasser ou nous gaver, David Eddings nous fait revivre nos bons vieux cours d’Histoire-Géo de nos années passées.
Les différents personnages, issus de ses différentes nations, sont tous issus des plus hautes castes et nous permettent donc de découvrir les arcanes du Pouvoir. Ils sont bien évidemment eux-mêmes représentatifs, mais sans excès, de différentes castes : sorcier, guerrier, archer, voleur, chevalier. Mais rien de choquant ni de caricatural. Il ne se prend pas au sérieux avec eux ; ils sont humains, avec des sentiments et des émotions et non pas figé dans un seul comportement.
Chaque pays nous fait découvrir une race, un peuple différent qui n’est pas sans rappeler le nôtre. Ils sont tous humains ! Et ça c’est important parce que ses rappels de la Genèse des Terres du Ponant nous renvoient à une réalité très concrète qui est la nôtre : les indo-européens et la dérive des continents. Nous sommes bien évidemment à la base dans un système médiéval mais on s’amuse beaucoup à retrouver dans certains pays des systèmes que nous connaissons : parlementaire, royaliste, démocratique, dictatorial. Et l’effet est magnifique car nous nous y retrouvons avec les mêmes références et les mêmes luttes politiques et sociales de notre époque.
David Eddings a fait un grand roman d’apprentissage au même titre que nos Grands Auteurs Classiques.
Le personnage de Garion nous le rencontrons dès l’âge de 7-8 ans et le quittons devenu adulte, marié, père de famille et avec un boulot stable : la réussite sociale. Par le biais des préquelles sur Polgara et Belgarath nous remonterons même jusqu’à sa conception, sa naissance…
Nous le suivons dans son apprentissage de la vie. Nous partageons son apprentissage (il apprend à lire et écrire et découvre le monde et ses différences), ses rébellions et remises en question de l’adolescence rebelle et ses premiers émois. Il nous fait découvrir au travers des yeux de ce personnage toute une vie proche de notre réalité. Les caractères se forgent parfois aux sons des lames et des hurlements, les illusions disparaissent au fil des événements dans les larmes ou les sourires pour arriver à une personnalité définitive, ouvragée comme les armures des chevaliers.
Tout dans cette série est épique. Les sentiments ne sont pas édulcorés et le cynisme est régulièrement là pour appuyer ces petites claques que nous prenons quand nous réalisons les différences et injustices qui existent autour de nous.
Elle est épique parce qu’elle nous renvoie à tout notre propre parcours. Les compagnons de Garion sont autant de camarades d’amis ou de membres de la famille que nous pouvons chacun reconnaître. Elle nous ramène à notre propre « jeunesse » passée, à la manière dont nous avons grandi, mûri, appréhendé la vie et ses revers.
Je ne dois l’avoir lu en intégralité que 3 ou 4 fois depuis sa parution dans les années 90. Alors que je le connais, je le redécouvre avec plaisir à chaque fois.
Alors oui Tolkien est bon mais il n’est pas le meilleur.