A Naÿl, la liaison entre Borée et Khamsin ne reste pas longtemps secrête. Blessé et déçu par le comportement de sa mère qui, pour lui, a trahi sa famille, Thalwind s’empresse de prévenir son père, Simal. Ce dernier, malgré sa grande tritesse, prend sur lui pour passer outre ; il aime Borée par dessus tout et est prêt à sacrifier son bonheur personnel pour celui de son épouse, espérant silencieusement que son frère, Khamsin, soit rappelé par ses obligations à Al Jadida au plus vite. La sagesse de Simal est bientôt récompensée car, désireux d’honorer ses promesses, Khamsin retourne de l’autre côté du désert afin de fonder sa propre école de magie. Dans ses bagages, il emporte cependant avec lui Alizée, la fille unique de Simal et Borée, pour qu’elle l’aide à initier ceux qui ont reçu le don dans cette partie du monde qui a tellement de mal à accepter et à reconnaître les talents particuliers de certains. Passée la stupeur, Simal et Borée ne peuvent appesantir sur la douleur de cette séparation car une autre épreuve les attend déjà… Borée est enceinte de Khamsin mais le couple a bien l’intention de cacher ce “détail” aux yeux de tous et d’élever cet enfant comme le leur… Jusqu’à ce que les liens du sang éclatent au grand jour…
Avec ce cinquième tome de la saga fantasy érotique d’Aurélie Chateaux-Martin, c’est le point de vue et le quotidien des femmes de cette communauté d’Alk Tempoh qui est mis à l’honneur.
Par l’intermédiaire de récits de vie, d’extraits de mémoires ou de journaux intimes, le lecteur plonge avec sensualité dans la recherche du bonheur d’une famille d’Alk Tempoh, ces êtres magiques, fils d’Éole, dotés de pouvoirs mais aussi de désirs aussi ardents que sulfureux. Si certains y parviennent comme Joran, ses deux épouses et ses trois enfants. D’autres ont bien plus de mal à concilier leurs besoins avec leur vie de famille ou leurs obligations diverses. Et c’est dans ces failles que l’auteure nous immerge avec ce cinquième épisode, en nous proposant des héros tourmentés, frustrés et parfois même désabusés.
Dans Émergences, le mensonge, la manipulation, le sacrifice et la bravoure vont plus que jamais rythmer cette aventure familiale riche en rebondissements car l’enjeu est toujours le même bien que son image diffère pour chacun ; les Alk Tempoh aspire à trouver, sauver ou conquérir la plénitude malgré les vicissitudes de la vie.
Personnellement, j’ai passé un agréable moment en compagnie de ce cinquième volet des Fils du Vent. Les passages concernant Al Jadida et les problèmes que Khamsin rencontre pour maintenir son école dans un contexte culturel et politique explosif sont réellement passionnants et Aurélie Chateaux-Martin a su dépeindre les enjeux de cette bataille contre les idées reçues et le poids de la tradition dans le monde oriental avec une grande justesse. J’ai apprécié également les réflexions menées par Thalwind sur sa vie amoureuse ainsi que les comparaisons qu’il effectue avec ce que vivent ses parents. Le parallèle est bien mené et apporte une certaine profondeur aux actions. J’ai admiré la dévotion et l’amour indéfectible dont Simal fait preuve à l’égard de Borée tout au long du texte. J’ai compati à la douleur de Shamal lorsqu’elle a dû surmonter son deuil pour l’enfant qu’elle a perdu afin d’aller de l’avant pour son “nouveau” bébé.
Et, cependant, j’ai aussi été déçue car, dans cet opus, le récit manque à mon sens de magie et de merveilleux, aspect que j’avais tant aimé découvrir dans les précédents tomes. J’aurais préféré suivre les progrès des uns et des autres dans le développement de leurs capacités, que l’école de magie soit le lieu de tous les charmes et possibles… J’aurai aimé que le quotidien, presque humain, prenne moins de place dans la structure de ce récit.
Question style, en revanche, Aurélie Chateaux-Martin continue de nous tenir en haleine avec ce mélange de tons et de genres qui apporte du relief et de la personnalité à chacun de ses héros. Par ailleurs, je tiens à souligner que le travail effectué sur la psychologie des personnages est assez remarquable.
Émergences est donc, pour moi, un roman qui, certes, manque de merveilleux et de fantasy mais dont la richesse des rapports humains séduira un public averti pour ne pas dire adulte et dont la suite promet des rebondissements riches et surprenants.








