Deux auteurs de La Cour des Miracles aux éditions du Grimoire, Olivier Vanderbecq et Danu Danquigny, se chroniquent l’un l’autre.
Leurs avis nous emmènent dans une atmosphère où il est difficile de sortir indemne.
SAPIENS INCERTUS par Olivier Vanderbecq
Hier après-midi, dans un petit village, un joli petit salon et de jolis petits auteurs…mais pas de visiteurs!!!
Que faire?
D’abord prendre des notes pour avancer dans la vie de la Teigne et de la Pouliche, du Baveux et du Petiot. Boire du café et manger du cake.
Mais bon au bout de deux heures ça commence à faire long et le café fait gonfler le cake donc état de somnolence latent.
Et puis soudain deux livres partent un Ecorchés et La Cour des Miracles. Je rouvre un exemplai…re de ce dernier et je le feuillette.
Quand soudain je tombe sur Sapiens incertus et je me dis tiens pourquoi pas.
Et là je bascule.
Disparu le soleil qui m’éclairait au travers de la grande baie vitrée donnant sur l’herbe verte et les arbres en début de fleuraison, les babillages de mes voisins s’étouffent avant de laisser place à un lourd silence.
Je relève la tête et je me retrouve plongé dans Blade Runner, avec des précognitifs différents de ceux de Tom et un brave type cavale devant moi. Poursuivi par d’autres types qui lui veulent pas que du bien.
Je ne suis pas à l’aise, je ne suis pas dans mon univers et toute une technologie m’échappe mais bon sang je suis à bout de souffle.
Je viens de courir pour sauver ma peau, je viens de courir pour comprendre, je viens de courir pour fuir parce que je viens de découvrir un univers à la Brazil.
Je me suis laissé emporter et porter j’ai frémi et été indigné, j’ai pris une claque quand j’ai compris cette fausse réalité et j’ai eu mal pour tous ceux qu’au final j’ai trahi. Moi qui croyais juste faire mon boulot!!!
Et là, le soleil re brille, l’herbe est verte, le ciel est bleu et les oiseaux chantent.
Merci Danu Danquigny pour cette évasion qui m’a tenu en haleine et que j’ai lu au rythme des ses pas sur le macadam, entendant le tic tac du temps qui file et les bottes de mes poursuivants se rapprocher.
La Grande Purge par Danu Danquigny
Y a des mecs, ils sont comme ça, quand ils te racontent la vie d’un gars, il faut qu’ils te disent d’abord comment il est mort.
Dans sa Cour des miracles, Olivier se penche sur l’épisode sans doute le plus flou de son histoire, celui de sa disparition.
On se retrouve en 1667, après l’obscurantisme, mais avant les lumières, une époque crépusculaire, entre chiens et loups où l’on sent la plume dans son élément naturel.
Ça décolle, et premier ressenti : on frise l’exploit. Une nouvelle, c’est court. En quelques pages, on croise une galerie de personnage bien étoffée, posés en quelques mots bien sentis. On sourit jaune de l’ambition sans états d’âme d’un Lieutenant Général, prêt à lâcher un monstre qui ne dit pas son nom, qui se laisse imaginer et se répand comme une peste ou une épidémie de mauvaise rage. On éprouve une immédiate sympathie pour l’élégance désinvolte du Jean Bart. On se prend de compassion pour la Pouliche, qui semble avoir survécu à tout ce que sa charogne de vie pouvait lui mettre dans les pattes. On s’amuse et on tremble aux aventures d’une bande de gamins des rues. Et l’exploit est là. Réussir à rassembler tout ce petit monde (et bien d’autres), sans jamais confondre son lecteur. Et j’ai une sérieuse tendance à râler dès qu’un manuscrit commence à ressembler à un annuaire.
Là, j’ai lu une bonne histoire, dense et intense, et forcément, j’en veux plus.
Merci pour ce bon moment, Olivier Vanderbecq